Je ne sais pas si il y a des gens sur Nofrag qui aiment le Hip Hop, et encore moins qui aiment ce Hip Hop là, mais après tout, si on n’écrivait des billets qu’une fois sûr d’avoir un lectorat réceptif, on ne ferait pas grand chose. Un peu comme tout.

Récement, j’ai essayé de faire une petite liste des albums qui avaient changé ma perception musicale. Le Madvillain est parmi les plus influents. Né de l’union du très célèbre MC masqué MF DOOM, survivant de KMD, et de Madlib, le Beat Konducta du Lootpack, pourtant aux univers à priori assez éloignés.. Je sais qu’il y a déjà des tonnes de reviews de l’album sur le net, et si vous lisez ça, c’est déjà que vous savez tout, alors je vais ne vais pas faire une classique critique du disque, mais juste essayer de décrire ce que représente le Madvillain pour moi.
Juste avant que Daniel Dumile et Otis Jr. ne soient devenus des artistes arty avec un public de blancs de 18 ans avec des casquettes New Era et des T-shirts à la gloire de J Dilla, ils étaient dans une cave avec des vinyles pleins les murs, de la weed plein les poumons et la MPC sur les genoux. Mais déjà à l’epoque ils étaient les -presque- derniers à faire de la boucle. Aujourd’hui, le sampling est assez mal vu, et la répétition de boucles est prise comme de la fainéantise. Seulement voila, quand c’est bien fait, et qu’on adhère au concept, le résultat peut être très fort.

Je pense que l’album a marqué sa génération, sortie en 2004, il se range dans les classiques. Et pourtant, je doute que écouté au hasard, il puisse plaire. Trop déroutant. En effet, presque pas de refrains, des beats déjantés, des paroles au bord du non sens, le flow de Doom qui saute dans tout les sens, des morceaux qui ne dépassent pas les 2 minutes 30, des interludes et des intrumentaux un peu partout. Ajouté à tout cela, le Lord Quas’ qui vient débité sa folie sous hélium de temps à autre et des dialogues de films inconnus qui se glissent entre les morceaux.
Je ne suis pas critique, et je ne sais pas décrire la musique, mais j’écoute ce disque presque toute les semaines. Il peut se traverser en sautant d’un tube à l’autre (Accordion, Curls, Figaro, ALL CAPS, Rhinestone Cowboy) pour se mettre de bonne humeur, ou bien juste en fond sonore. Mais c’est écouté d’une traite qu’il prend toute sa force. S’assoir et l’écouter du début à la fin ne demande aucun effort, comme un hypnotisant. Telle une belle histoire triste parfaitement agencée et rythmée, qui touche juste et fait vibrer l’auditeur de bien des manières.

N’étant ni un fan du crate diggin’, ni de la recherche de sample, je n’ai pas la moindre idée d’où ils sont aller chercher tout leur univers musical, mais tout se colle parfaitement, comme un tout, saupoudré de belles rimes et de changement de rythmes incessants. Me faisant toujours chaud au coeur, me remettant toujours debout et malgrès les centaines d’écoute, je me laisse toujours prendre, que ça soit en mp3 dans le metro ou bien sur la platine, je le laisse malgré moi toujours tourner jusqu’a la fin.
Ne me demandez pas ce que racontent les paroles, je n’y ai jamais rien compris. Les punchlines me sont pour la plupart obscures, les sujets très étranges et au fond, je crois que ça ne m’interesse pas vraiment. Si quelqu’un comprend :
“It’s too hot to handle, you got blue sandals
Who shot ya? Oh got you new spots to vandal?
Do not stand still, both show skills
Close but no crills, toast for po’ ills, post no bills
Coast to coast Joe Shmoes flows ill, go chill
Not supposed to overdose, no Doz pills.”
MF DOOM est passé en Europe pour la première fois en 20 ans de carrière cet hiver, et malgrès les rumeurs et les craintes de ne pas le voir venir en chair et en os (les avantages de porter un masque), nombreux fanboyzs ont fait le déplacement. Dont moi, Berlin-Amsterdam en stop, pour un concert de 45 minutes à 40€. Mais il est venu, et ça justifie beaucoup de choses. Cela vire presque à l’obsession chez les gens de mon âge, récement, au concert de Peanut Butter Wolf où l’on sombrait dans l’ennui, la salle s’est reveillée juste pour les deux minutes de ALL CAPS. Je sais, c’est ridicule, mais le fanboyisme fait du bien au moral.

Je pense que comme la plupart des gens en France, j’ai découvert cet univers à travers de notre Super Villain national : Fuzati, Super Producteur du Klub des Loosers (et aussi MC), amoureux des boucles qui grâce à un -assez mauvais- featuring avec Doom a ouvert les oreilles de dizaines de nerds et puceaux. Je crois qu’on ne remerciera jamais assez cet autre méchant masqué. Il vient de sortir un album d’instru qu’on attend encore un vinyle.
Stones Throw a annoncé un nouveau Madvillain il y a quelques temps. J’en attend rien du tout, ni Madlib ni Doom n’ont fait quelque chose de vraiment bien depuis 2004, et même si ils ont tout les deux de très grands albums derrière eux (Doomsday, MM… Food, Da Antidote etc.) , Madvillainy représente le sommet de leurs carrière.
C’est assez dur de conclure, je suis parfaitement conscient de parler dans le vent, et je suis sûr que je n’arriverai jamais à expliquer le pourquoi du comment du pouvoir de ce disque. L’exercice est sans doute vain après tout. Je regarde ma MPD 24 et les dizaines de LP de rap et de non rap que j’ai accumulés avec le temps, et je ne comprend toujours pas comment ils ont fait. C’est la magie de la musique.